La masculinité toxique est une sinistre saloperie qui nous aura tous et toutes — sauf si on y fait gaffe

La masculinité toxique est une sinistre saloperie qui nous aura tous et toutes — sauf si on y fait gaffe

Il y a un truc qui, en ce moment, me pèse sur le cerveau.

On dirait qu’actuellement, la conception courante de l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est devenu « masculinité toxique pour tout le monde ».

C’est à dire qu’auparavant, dans la vision traditionnelle, les hommes et les garçons devaient être stoïques, ne pas pleurer, ne pas être vus comme « faibles », ne pas avoir de sentiments, être violents et cons comme des balais pour être acceptés.

Sur ça, je ne vous apprend rien.

J’ai suffisamment d’amis masculins qui ne correspondaient pas à ce modèle débile et qui s’en sont pris plein la gueule pendant leur enfance et leur adolescence pour le simple fait de ne pas avoir réussi suffisamment à taire leurs émotions et leur sensibilité pour avoir un bon point et une image (ou plutôt un gros camion).

Sauf que maintenant, non seulement les hommes doivent continuer de correspondre à ça (même si heureusement, les choses évoluent un peu), mais les femmes aussi doivent correspondre à ça pour être valorisées et considérées comme compétentes, surtout dans certaines sphères professionnelles.

C’est même pire que ça, la masculinité toxique pèse maintenant davantage sur les femmes que sur les hommes, à un certain niveau.

Si tu es un homme et que tu pleures, comme les mentalités évoluent quand même un peu, on dira que tu es sensible.

Si tu es une femme et que tu pleures, on dira que tu es faible, et que c’est normal, parce que tu es une femme.

Les nouvelles héroïnes à la mode dans les livres et les films sont des espèces de guerrières pseudo-badass ayant pour unique motivation de buter tout le monde et de se battre. Je trouvais déjà ce genre de personnages super-ennuyeux quand ils étaient quasi-exclusivement masculins, je ne vois pas pourquoi je devrais me mettre à les trouver intéressants sous prétexte que ce sont des femmes.

Il y a aussi une féminité toxique, ne nous leurrons pas. La féminité toxique, c’est s’asseoir, se taire, faire plaisir à tout le monde, s’oublier soi pour être au service des autres, ne pas prendre sa place. Mais c’est pas ça être une femme. Ni être un homme d’ailleurs. Ni être n’importe quel autre genre que vous ressentez juste pour vous définir.

C’est juste une vision toxique de ce qu’est la féminité, qui est une valeur largement construite culturellement.

Il y a une féminité toxique, et il y a une masculinité toxique. La féminité toxique, j’en ai largement parlé. Elle touche quasi-exclusivement les femmes. La masculinité toxique, j’en ai peu parlé. C’est ce qui me gonfle aujourd’hui. C’est ce qui touche traditionnellement les hommes, et commence à toucher de plus en plus de femmes.

La masculinité toxique, c’est le rejet des émotions, des sentiments, de la sensibilité.

C’est l’interdiction de ne pas être au taquet 24h sur 24, sous peine de sanctions.

C’est un temps linéaire, découpé en tranches, étiqueté dans des compartiments et des boîtes, qui ne laisse aucun espace pour respirer, buller et ne rien faire.

C’est faire passer l’art, l’amour et la beauté en priorité tellement basse que n’importe quel truc totalement non-prioritaire et insignifiant passera avant.

C’est ne pas dire aux gens leurs qualités ou que tu tiens à eux, car aimer les autres est assimilé à être FAIBLE.

Soutenir les autres est assimilé à être FAIBLE.

Alors que laisser les gens dans la merde à se débrouiller, c’est montrer que tu t’en fous, que tu es fort-e et indépendant-e et que tu n’es pas un sauveur ou un être FAIBLE.

C’est, quand quelqu’un te plaît, jouer à des mind-games de manipulation et de jeux de rôles en avançant masqué-e pour appuyer sur les blessures et les insécurités de l’autre dans le but de créer un état de manque et de détresse chez l’autre tout en appelant ça « séduction ».

Et c’est comme ça que tu te valorises à tes propres yeux, peu importe si ta relation est pourrie, que tu te fais du mal, et que tu fais du mal à l’autre.

Parce que la vulnérabilité, l’authenticité et la franchise, c’est pour les pédales.

C’est dire que oui, bien sûr, tu vas rester ce soir jusqu’à une heure impossible, parce que faire passer ta vie privée ou tes enfants avant ton boulot c’est être FAIBLE.

C’est ne pas dire quand tu es touché-e ou blessé-e.

C’est ne pas communiquer.

C’est même le refus de communication.

C’est le degré de superficialité abyssale et le niveau zéro de la communication.

C’est le small-talk comme seul mode de vie, avec zéro franchise et zéro honnêteté, zéro authenticité.

C’est ne pas chercher d’aide quand tu ne vas pas bien.

Rester tout-e seul-e avec ta haine, ta honte et ta culpabilité, ton dégoût, tes pensées dépressives ou suicidaires parce que ce serait être FAIBLE de te confier à quelqu’un.

C’est passer sa vie à courir derrière un but inatteignable et n’être jamais content-e.

C’est ne pas être capable de savoir arrêter de jouer quand le jeu n’en vaut pas, ou plus la peine.

C’est mettre les gens et les choses dans des boîtes.

Puis, devenir complètement paniqué-e quand ils en sortent et que tout n’est pas parfaitement prévisible.

Puis, dépenser toute l’énergie à disposition pour tenter de camoufler cette peur, en vue de ne pas paraître FAIBLE.

C’est ne pas soutenir les femmes puissantes, les gens dans leur authenticité, dans leur vulnérabilité, dans leur force qui ne se limite pas à la force brute et étiquetée comme telle.

C’est ne pas soutenir les gens de genres et d’orientations sexuelles différentes de ce qu’on appelle la « norme ».

C’est ne pas soutenir les gens qui ont les cheveux bleus, ou verts, ou pas le nombre de cheveux qu’il faut.

C’est ne pas soutenir les gens tout court d’ailleurs, on l’a vu. C’est vraiment se comporter comme un/e lâche en ne prenant aucune position qui risquerait de se rendre vulnérable, et en étant absolument persuadé-e que c’est ça le courage, en plus.

La masculinité toxique est l’aliénation à la norme sociale, à la force brute, à l’insensibilité et au stoïcisme de gros lâche comme seul critère de valorisation d’une personne.

La masculinité toxique est un tueur de créativité, d’authenticité et de connexions.

La masculinité toxique est le plus sûr moyen de finir seul-e, entouré-e de relations uniquement superficielles et à périr d’ennui, sans créer et sans poursuivre ton art, et dans une vie professionnelle aussi lucrative et socialement bien vue que peu épanouissante et destructrice d’âme.

La masculinité toxique est un tueur de vie et un voleur de rêves.

Que vous soyez un homme, une femme, ou un autre genre, arrêtez de lui donner à manger. S’il-vous-plaît.

Vous n’avez pas besoin de vous soumettre à cette débilité.

Personnellement, j’ai arrêté. Et je compte arrêter de plus en plus.

C’est toujours drôle de voir les gens coincés dans la masculinité toxique bugguer dans la plus grande des confusions devant la liberté et la créativité des autres.

Et puis, à terme, ça peut leur ouvrir quelques portes.

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